Raymond Kopaszewski est né le 13 octobre 1931 à Nœux-les-Mines (Pas-de-Calais) dans une famille d'immigrés polonais habitant Cité du Chemin-Perdu. Ses grands-parents étaient originaires de Grande-Pologne, mais ont d’abord émigré en Allemagne où son père est né en 1907 et après la Première Guerre mondiale, ils sont arrivés en France.
On peut affirmer que le petit Raymond était pratiquement condamné à jouer au football. Il n’habitait qu'à quelques mètres du stade de l'équipe locale. Comme il le rappellera plus tard, il avait remarqué dès l'âge de six ans qu'il était beaucoup plus talentueux que ses pairs. Pourtant, ce n’est pas grâce à son physique qu’il va se faire repérer, les autres garçons étant d’ailleurs plus grands que lui. Mais par sa ruse et sa rapidité, ainsi que par une formation technique impeccable.
À seulement 14 ans, suivant les traces de son grand-père, de son père et de son frère, il a commencé à travailler au fond de la mine. Il va pousser des wagonnets sur des voies étroites. Déjà, à l’époque, il ne pensait pas passer toute sa vie à la mine : il savait que le football pouvait lui offrir une vie bien meilleure. Sa famille payera un prix élevé pour avoir travaillé dans les mines : son père va décéder à 56 ans, son frère à 64 ans. Tous les deux, de la silicose… Lui-même ne va pas non plus garder de bons souvenirs de son travail à la mine : le pouce et l’index de sa main gauche seront fracassés et en partie amputés à la suite d'un éboulement.
Débutant le football à l’US Nœux-les-Mines où son frère est gardien de but, Raymond participe à 17 ans au concours du jeune footballeur 1949. Après avoir remporté le concours dans le nord de la France, il prendra la deuxième place lors de la finale à Paris. Cela va lui ouvrir la voie à une carrière professionnelle. « Je pensais décrocher un contrat dans un des grands clubs du Nord : Lille OSC, RC Lens, Valenciennes ou Roubaix. J'ai été très déçu lorsque l'équipe de deuxième division de l'ouest de la France - Angers SCO - m'a fait sa seule offre », avouera-t-il plus tard. C’est donc avec ce club que le jeune joueur de football signe son premier contrat semi-professionnel et qu’il va désormais s’appeler officiellement Kopa… « Cela sonne bien et se retient mieux ! », dit son entraîneur.
Il va jouer deux saisons en Anjou avant d’être transféré au Stade de Reims en août 1951. Son salaire a grimpé en flèche et il est devenu évident qu’il ne reviendrait plus à la mine. À Reims, Kopa rencontre l'entraîneur Albert Batteux qui lui permettra de libérer tout son potentiel de dribbleur et de passeur, en fait de meneur de jeu.
À 21 ans, c’est-à-dire à sa majorité, il choisit la nationalité française pour pouvoir jouer pour la France. C’est ainsi que lors de sa deuxième saison à Reims, il est appelé en équipe nationale face à l’Autriche.
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Entre 1951 et 1956, il remporte deux fois le championnat de France avec l'équipe champenoise. Lors de sa dernière saison au Stade de Reims, le 13 juin 1956, Kopa et son équipe vont atteindre la finale de la Coupe des clubs champions européens contre le Real Madrid qui finalement bat le club français 4-3. Quelques jours plus tard, en juillet 1956, il sera le premier footballeur français à s'expatrier à l'étranger en rejoignant le club espagnol, champion incontesté du football européen de l’époque, où il va gagner rapidement la sympathie des supporters madrilènes qui le surnomment « Kopita », le petit Kopa, en raison de sa petite taille (1,69 m). Certains supporters français vont alors le considérer comme un traître…
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1957 – Madrid – Coupe d’Europe : Raymond Kopa et Alfredo Di Stéfano devant 120 000 spectateurs ! |
Kopa s'intégrera parfaitement à sa nouvelle équipe où il évolue au côté, entre autres, de Di Stéfano et de Puskás. Avec le Real, il remportera deux fois le championnat d’Espagne et trois fois de suite le trophée le plus important du football pour un club, la Coupe des clubs champions européens.
En 1958, lors de la Coupe du monde en Suède, Kopa est le maître à jouer des Tricolores, ses passes millimétrées permettant aux attaquants de s'illustrer. L'équipe de France prend la troisième place de la compétition. Kopa est nommé meilleur joueur de cette Coupe du monde ! La même année, il est élu premier Ballon d'or français (meilleur joueur européen). Un journaliste anglais ne l’avait-il pas surnommé le « Le Napoléon du football » dès 1955 ? Un surnom élogieux tout trouvé pour l’attaquant tricolore qui fait des ravages dans les défenses adverses…
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Après trois années passées en Espagne, en juillet 1959 Kopa choisit de revenir à Reims, malgré le contrat astronomique proposé par le Real. Il y restera jusqu’à la fin de sa carrière en 1968. Il obtient deux nouveaux titres de champion de France.
Le 11 novembre 1962 à Colombes, contre la Hongrie, il porte pour la quarante-cinquième et dernière fois le maillot de l'équipe de France, pour laquelle il aura inscrit dix-huit buts. Raymond Kopa aurait sans doute pu poursuivre sa carrière internationale, mais il est en froid avec les dirigeants du football français. Il se dresse notamment contre le « contrat à vie » qui lie les joueurs professionnels à leur club et milite pour l'instauration du contrat à durée déterminée.
Au fil des années, la santé de Kopa se détériore de plus en plus. Il a d'énormes problèmes avec ses chevilles, qui furent si souvent la cible des attaques des adversaires. De plus, le club rémois se dirige lentement vers la deuxième division et sera finalement relégué.
À 35 ans, Kopa prend sa retraite, mais il poursuivra une carrière de footballeur amateur jusqu'à ses 70 ans, tout en réussissant sa reconversion professionnelle dans le business du sport.
Raymond Kopa avait le sens de l’argent. Ce fut, dit-on, le premier footballeur à gagner des millions. Dès le départ, il voulait assurer son avenir économiquement parlant parce qu’il ne voulait surtout pas retourner à la mine…
Déjà à Reims, il avait ouvert un hôtel dans le centre-ville à l’époque où il y jouait. En 1954, l’attaquant rémois s’était dit qu’il serait peut-être judicieux de vendre des chaussures à son nom. Cette initiative le mènera à lancer sa marque de vêtements sportifs à l’aube de sa carrière, le groupe “Kopa”. Il se lia avec l'équipementier Noël afin d'associer son nom à une paire de chaussures : la “Kopa Résistex”. Il se hasarda même à poser pour une publicité de tabac (Camel) avec une cigarette à la bouche. Une communication impensable de nos jours !
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À une époque où les agents de joueurs n'existaient pas encore, on peut considérer qu’il fut un précurseur du sport-business. Fin 1957, il va ainsi s'associer avec un vigneron angevin basé à Rablay-sur-Layon, dans le Maine-et-Loire, et qui fait partie du comité directeur du SCO, afin de commercialiser des jus de fruits et des sodas au nom de “Kopa” ! Ces jus et sodas sont tout de suite très appréciés par les jeunes. « Tu bois quoi ? Un Kopa ! » La marque de jus de fruits “Kopa” obtint une reconnaissance ultime en s'imposant comme la boisson officielle de l'équipe de France lors de son épopée mondiale en 1958 !
Sa carrière achevée, à la tête du groupe “Kopa”, il devient un véritable homme d’affaires et va le rester jusqu'à sa retraite en 1991. Il passera la fin de sa vie entre Angers et la Corse.
Raymond Kopa est décédé le 3 mars 2017 à Angers, des suites d’une longue maladie.
Ses services rendus à la France ont été reconnus : en 2008, il a été élevé au grade d'Officier dans l'Ordre national de la Légion d'honneur. Depuis 2017, le stade Jean-Bouin à Angers est devenu stade Raymond-Kopa. En 2018 a eu lieu la cérémonie d'inauguration de la statue en bronze en l'honneur de Raymond Kopa au Stade Auguste Delaune à Reims. À l’initiative du magazine “France Football”, depuis 2018 est attribué annuellement le Trophée Kopa au meilleur espoir mondial de moins de 21 ans.
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